Édifice

Se référer au site de Saint Louis des Français à Rome, ou à la page Wikipedia..

Orgue

Historique

Voir la notice parue lors de l'inauguration. Selon un programme de concert de 2009 :

Fu qualificato come "organo-fenomeno" dal Messaggero del 31 ottobre 1880: "È quello di cui si è arricchita la chiesa di San Luigi dei Francesi e che costa la bagattella di cinquantaquattromila lire. È venuto di Francia e se ne dicono portenti."

État actuel (2009)

Très certainement identique à celui décrit dans la notice. L'état de conservation semble très bon, à en juger par un CD récemment enregistré par l'actuel titulaire. Ceci est confirmé par l'article de Michel Roubinet reproduit plus loin.

Buffet

Cf. la notice, et les photos ci-dessous.

Composition

Cf. la notice.

Organistes

Luigi Rossi (*Torremaggiore (Foggia) vers 1598 - Rome 1653), élève de Jean de Macque, luthiste et compositeur ; organiste à SLDF en 1633

Michelangelo Rossi (*Gênes, 1601 ou 1602 - + Rome 1656), compositeur, violoniste et organiste.

Arcangelo Lori (Arcangelo del Leuto), (Roma 1611-1679), organiste e archiluthiste à S. Louis des Français.

Bernardo Pasquini (*1637 - +1710)

Filippo Capocci (*1840 - +1911)

... et plus récemment :

Années 70 : Pierre Jary, André Dupleix, chanoine Raflin (suppléant), et ... le sitemestre (apprenti !)

Actuellement (2010), et depuis septembre 1999 : Daniel Matrone

Concerts

Les concerts de 2009 ont été suivis de deux compte-rendus par Michel Roubinet, que j'ai trouvés sur le net et que je reproduis ici, craignant que les pages où ils se trouvent disparaissent :

1° compte rendu

À Rome et en Italie en général, où la musique vocale et chorale occupa toujours la première place, laissant au pape des instruments guère plus qu'une fonction d'encadrement de l'office, d'intonation ou d'accompagnement, le rôle de l'orgue n'est certes pas comparable à ce que l'on a connu en France notamment et à Paris en particulier. Le patrimoine organistique romain n'en est pas moins important et d'une intéressante diversité à défaut d'être véritablement prestigieux. Certaines des orgues anciennes de la Ville éternelle ont été restaurées au cours des vingt dernières années, mouvement d'ampleur limitée faute de moyen financiers et d'engagement des pouvoirs publics italiens. On peut citer l'organo monumentale (un 24 pieds en façade !) construit en 1598 par Luca Blasi dans le transept droit de Saint-Jean-de-Latran (la cathédrale de Rome), restauré en 1989 par Formentelli, principale manufacture œuvrant à la réhabilitation du patrimoine ancien à Rome, ou encore l'admirable Testa-Alari (1673-1680) de San Giovanni Battista de' Fiorentini, restauré en 1994, également par Formentelli : sans doute le plus bel orgue ancien de Rome (aucun enregistrement commercial, hélas !).

À l'autre extrémité de ce patrimoine, on relève nombre de grands instruments à transmission électrique, d'esthétique post-symphonique et néoclassique (ce que les tenants de l'orgue ancien appellent à Rome la « facture industrielle »), signés entre autres Vegezzi Bossi (Santa Maria sopra Minerva), Tamburini (basilique Saint-Pierre, Gesù) ou Mascioni (Institut Pontifical, 1932, restauré en 2002 grâce à la générosité du Gouvernement de la « Generalitat de Catalunya »). On relève aussi quelques enclaves de facture française romantique et symphonique de la seconde moitié du XIXe siècle, dont le facteur italien Morettini (Latran, Chiesa Nuova) devait en partie s'inspirer : les deux Merklin des deux principales églises françaises de Rome, mais aussi le Mutin–Cavaillé-Coll (1912, restauré en 1997 par Nicholas Waanders) de Santa Maria in Trastevere, l'une des églises les plus évocatrices de Rome.

Notre pays compte cinq églises « nationales » à Rome, gérées par la fondation des « Pieux Établissements de la France à Rome et à Lorette » : Saint-Louis-des-Français (l'église aux trois Caravage), la Trinité-des-Monts (voisine de la Villa Médicis sur les hauteurs du Pincio), Saint-Nicolas-des-Lorrains, Saint-Yves-des-Bretons et Saint-Claude-des-Francs-Comtois-de-Bourgogne. Les deux premières abritent donc deux magnifiques instruments de Joseph Merklin, qui à l'instar des deux Merklin à maints égards comparables et contemporains de la cathédrale de Bône (Annaba) et de la Congrégation des Sœurs du Sacré-Cœur à Alger (également en charge, de 1828 à 2006, de la Trinité-des-Monts) – instruments d'Algérie aujourd'hui disparus – témoignent du rayonnement de la facture française hors territoire métropolitain.

Alors que les deux Merklin de Saint-Louis (1880) et de la Trinité (1864) avaient été sollicités lors de la première édition (2002) de la Semaine de l'orgue français, la présente édition s'est concentrée sur le grand trois claviers de Saint-Louis, Daniel Matrone, titulaire depuis 1999 et directeur artistique, ayant programmé cinq concerts – à entrée libre comme il est de rigueur dans les églises de Rome – on ne peut plus différents les uns des autres. Entretenu avec une attention extrême par Saverio Tamburini, actuel responsable de l'illustre manufacture de Crema (Lombardie), l'orgue de Saint-Louis est un témoignage intact de la facture française en Italie. Si ses transmissions mécaniques et pneumatiques (machines Barker) plus que centenaires imposent que l'on manie l'instrument dans le plus grand respect du matériau ancien – comme pour tout orgue historique – elles n'en sont pas moins en parfait état de marche et, hormis une amélioration du vent (étanchéité des sommiers anciens), aucune restauration radicale de ce Merklin n'est à ce jour nécessaire : le recteur de Saint-Louis, Mgr Patrick Valdrini, précédemment directeur du Centre culturel Saint-Louis de France, et le titulaire veillent à ce que l'instrument soit préservé dans toute sa chaleureuse authenticité.

Le concert d'ouverture, le 30 avril, a été donné par l'organiste romaine Livia Mazzanti, elle-même en charge d'un festival particulièrement original : Musicometa (Percorsi musicali tra Natale et l'Epifania). Programme « hébraïque » de Bach (Sur les rives du fleuve de Babylone BWV 653, Christ notre Sauveur est venu au Jourdain BWV 684) à Mario Castelnuovo-Tedesco (dont Livia Mazzanti a enregistré l'œuvre intégrale pour orgue, CD tout récemment paru chez Aeolus), en passant par Mendelssohn (Prélude et Fugue op.37 n°1, Troisième Sonate) et Ivan Vandor, compositeur hongrois (né en 1932) installé de longue date à Rome : Dodici variazioni, le « Douze » valant hommage indirect à Schoenberg, œuvre dédiée à l'interprète – bien connue pour son interprétation des propres Variations de Schoenberg. Fidèle à l'univers de Jean Guillou et à une approche intensément personnalisée et volontaire, pour ainsi dissociée de l'instrument du moment, vision et interprétation demeurant fondamentalement inchangées d'un orgue à l'autre comme par antériorité revendiquée de la conception sur l'exécution, ce récital de Livia Mazzanti, retransmis comme tous les concerts de cette Semaine de l'orgue sur grand écran, a fait forte impression sur un public saisi par une tension de chaque instant, quand dans le même temps une agogique violemment tourmentée, le flux et le reflux incessants du rythme ou encore une surarticulation intraitable et obsédante bousculaient avec une rigueur drastique et « raisonnée » bien des conventions. Même orientation sur le plan de la couleur, extrêmement changeante et sans repos, contribuant à créer un climat prégnant et infiniment singulier.

Deux jours plus tard, Olivier Vernet, organiste de la cathédrale de Monaco, offrait un lumineux récital en tous points dissemblable, selon l'optique même du Festival : non pas conçu indépendamment ou en dehors de l'instrument mais bien de manière à percer le plus naturellement possible les secrets de sa palette ample et racée. La Deuxième Symphonie de Widor en fit d'emblée la démonstration, vaste partition dont on connaît l'irrésistible final en forme de toccata-carillon, l'arbre cachant la forêt : l'œuvre est avant tout lyrique et « modérée », idéal faire-valoir pour révéler toute la poésie et le raffinement des timbres de ce rare Merklin ainsi que l'équilibre de ses plans sonores, dans un respect du texte et de l'instrument source d'harmonie. (Comme à son habitude, Vernet approfondit en concert les œuvres qu'il s'apprête à graver : les Deuxième et Troisième de Widor, dans le cadre d'une intégrale, le seront prochainement sur le Cavaillé-Coll des Quinze-Vingts à Paris.) Suivirent trois pièces du compositeur danois Niels Gade, injustement méconnu, ami et collègue de Mendelssohn avec lequel, tout en préservant son indéniable personnalité, il a bien des affinités. Olivier Vernet vient d'en graver l'intégrale, dont une œuvre à quatre mains inédite au disque, avec Cédric Meckler (parution le 22 mai chez Ligia Digital).

Nourrie de culture classique, l'écriture de ces pages a semblé décupler l'éloquence et l'impact de l'orgue de San Luigi. Après l'espiègle et mélancolique moment de détente offert par la délicieuse et parfaite Valse des Anges de Julien Bret (né en 1974), « pour grand orgue d’église ou de cinéma » : entre Complainte de la butte et Gaumont Palace, ce périple hors des sentiers battus s'est achevé sur trois pièces du Suédois Gunnar Idenstam (né en 1961), musique foncièrement mélodique et d'une rythmique aussi discrète qu'inflexible, inspirée de traditions populaires : indéniables et virevoltants échos de musique irlandaise, dignes du Festival Interceltique de Lorient. L'instrument-orgue, qui n'est pas cette machine qui ronronne au fond de la nef, n'a pas fini de surprendre.

Michel Roubinet

2° compte-rendu

Après le dynamisant succès public (une gageure à Rome !) des deux premières soirées : Livia Mazzanti puis Olivier Vernet, la Semaine de l'Orgue s'est poursuivie avec Daniel Matrone (photo), titulaire du Merklin de Saint-Louis et directeur artistique de la manifestation : concert de ses propres œuvres sous-titré Rivages incertains…, comme le CD publié par le label romain Ayre à l'occasion du Festival, où l'on pourra réentendre trois des pièces données lors de ce récital.

En poste à Rome depuis 1999, Daniel Matrone y a notamment créé en juin 2008, dans l'étonnante salle de concerts et de conférences souterraine du Centre culturel Saint-Louis de France, un nouveau cycle pour piano, douze grandes pièces réunies en une vaste Suite romaine. Les pièces du concert d'orgue du 4 mai 2009 ont également vu le jour à Rome, à commencer par un Pange lingua dressant somptueusement et clairement le décor : toute démarche individuelle de création s'inscrit inévitablement dans une histoire musicale, et plus largement artistique et culturelle, partagée et revisitée, ancrage dont Daniel Matrone témoigne tout en se démarquant dès la première note – ce qu'il appelle « se glisser dans une faille du temps ». Si la forme, en l'occurrence, fait mine d'évoquer la suite classique, le langage proclame d'emblée l'évidence : rien de ce qui va suivre n'aurait pu être composé à l'époque évoquée, tant le langage, notamment harmonique, l'un des aspects les plus intensément personnels de l'œuvre de Daniel Matrone, entretient des rapports d'indépendance avec l'objet de l'hommage. Ainsi, précisément, l'Omaggio a Alfredo Casella, œuvre étonnamment dense et raffinée, mobile et sensuelle, suggérant une image de l'Italie des années 1930 à travers la propre sensibilité de Matrone, « libre » et nécessairement contemporaine. De même Orazione a Sant'Agnese in Agone (à la mémoire de Francis Poulenc), où une délicieuse mais très éphémère formulation alla Poulenc plonge aussitôt l'auditeur dans un univers fondamentalement autre, personnel.

Les trois pièces complétant ce programme : Carillon pour la fête des Archanges, Postlude (étrange et vertigineux – d'énergie, de structure, d'incandescence – équivalent des toccatas symphoniques du siècle dernier) et Toccata pour la Chapelle d'un transatlantique réaffirmèrent l'autonomie d'un langage singulier, troublant et généreux, étranger à toute velléité de provocation, invitation à se laisser guider vers des rivages (effectivement) incertains : l'aventure musicale, au sens métaphorique et poétique, par les moyens de l'orgue, instrument par excellence du mystère. Le foisonnement des climats en fit presque oublier une maîtrise instrumentale transcendée, toute sobriété, souplesse et élégance, soulignée par la manière attentive – ce qu'il faut de distance – dont Saverio Tamburini, maître facteur d'orgues, saisissait l'image retransmise simultanément sur grand écran dans le chœur.

Une image qui joua un rôle essentiel lors du quatrième concert, le 6 mai, donné à quatre mains par Marie-Ange Leurent et Éric Lebrun – lesquels ont entre-temps (24 mai) achevé leur cycle parisien de six concerts consacrés à l'œuvre d'orgue de Gaston Litaize : rendez-vous en septembre prochain pour la parution chez Bayard Musique de l'intégrale discographique d'une œuvre à connaître (5 CD). Le programme romain, musicalement et visuellement captivant, prit la forme d'un hommage aux musiciens célébrés en 2009 : Litaize y fut naturellement à l'honneur, à deux mains (Prélude mais aussi Final des fameuses Douze Pièces pour grand-orgue) comme à quatre : le Choral de la Sonate à deux (1991 – dédiée à Marie-Ange Leurent et Éric Lebrun), lequel refermait le concert, faillit donner le vertige au Merklin de San Luigi tant la puissance requise, sur le tutti, exige de souffle – l'instrument rayonnait…

Haendel fut également honoré, à travers de solides pastiches d'époque signés John Marsh (dont un Grand Halleluiah in the Messiah) et une adaptation particulièrement périlleuse de la Passacaille du Concerto en si bémol, ainsi que Haydn et Mendelssohn – pas là où on les attendait mais également via des transcriptions alliant inédit, pour ce qui est de l'orgue, et musique « grand public » au meilleur sens du terme, à même de séduire une assistance de fait conquise. De Haydn on entendit l'Allegro et l'Andante de la Symphonie n°94, dite « La Surprise », dont l'écriture si foncièrement orchestrale se plia avec un naturel confondant aux possibilités des claviers et du quatre mains ; de Mendelssohn l'Andante con moto de la Symphonie italienne, d'une poésie subtilement acclimatée aux timbres de l'orgue : un enchantement.

Le dernier concert de la série, donné le 8 mai par l'organiste piémontais Mario Duella, offrit un passionnant retour sur l'histoire même du Merklin de Saint-Louis-des-Français, occasion d'entendre un florilège d'œuvres pratiquement toutes inconnues du public. Inauguré en 1880 lors d'une série de concerts ouverte par Alexandre Guilmant, dont Mario Duella joua en bis une sobre Méditation, l'instrument inspira à Filippo Capocci (1840-1911) une Sonate créée lors du propre concert du musicien italien, à la suite de celui de Guilmant. Duella réunit les deux compositeurs en interprétant une autre Sonate de Capocci, la Première, dédiée à Guilmant. Suivirent de beaux noms de l'orgue italien postromantique et symphonique : Marco Enrico Bossi (1861-1925), acteur essentiel de la « Réforme cécilienne », et son jeune frère Costante Adolfo Bossi (1876-1953), également Luigi Bottazzo (1843-1924) et Oreste Ravanello (1871-1938 – exigeant Preludio in forma di studio op.50 n°1), avant que Bonaventura Somma (1893-1960), qui fut maître de chapelle à Saint-Louis-des-Français, ne referme ce programme avec une Toccata d'esthétique typiquement symphonique, à mi-chemin entre écoles française et italienne. Comme d'ailleurs tout le programme : si l'influence de l'orgue français est manifeste dans ce répertoire italien en quête d'individualité, à laquelle il accède dans une large mesure, la manière dont cette musique sonne n'en demeure pas moins sensiblement italienne, mettant en exergue une quasi double personnalité de l'instrument. On pourrait en dire autant de Mario Duella, musicien du nord et francophone, presque en terre étrangère à Rome : un autre monde !

Une nouvelle Semaine de l'Orgue à Saint-Louis-des-Français est d'ores et déjà programmée pour le printemps 2010 : le dialogue franco-italien de l'édition 2009 devrait alors s'élargir à d'autres pays d'Europe.

Michel Roubinet

Photos

Saint Louis des Français, orgue Merklin

Cette dernière photo, de meilleure qualité (de Marie-Lan Nguyen), est issue de wikimedia (domaine public) :