Édifice
Eglise en brique, construite entre 1852 et 1855 sur les plans de l'architecte Charles Leroy (Lille 1816 - Lille 1879), spécialisé dans le néogothique. Elle est située dans le quartier du port de Lille. Plus précisément, sa façade (orientée Nord-Est) donnait sur l'ancien port fluvial de Lille dit "port Vauban", définitivement fermé en 1963 et comblé depuis.
Grand orgue
Sources : visite ; dictionnaire des facteurs d'instruments de musique en Wallonie ; communication écrite du titulaire ; "Histoire de N.D. de Consolation", par A. Feuillet, Lille, conservé à la bibliothèque municipale de Lille ; facture A. Séquiès de 1929 conservée aux archives diocésaines, au séminaire de Lille.
Historique
Orgue construit par Pierre Schyven, 1880 (source : dictionnaire des facteurs d'instruments de musique en Wallonie, Haine et Meuùs).
Changement des pompes, initialement à un bras (opposé à la console), puis à pédales derrière l'instrument dans la tour des cloches. Depuis 1926, l'église est éclairée et chauffée à l'électricité. C'est en 1929 que Séquiès (10, rue Charles Quint à Lille) installe une soufflerie électrique pour 3650 francs, comprenant une turbine, une sourdine, un conduit et un clapet de retenue pour permettre l'utilisation de la soufflerie à pédales en cas de panne.
Plein jeu revu dans les années 50, sûrement par Sequiès (dents grattées & chanfreins sur lèvres supérieures).
Coupe de la flûte 4 et ajout de la sesquialtera par Pascal dans les années 70.
Vers 2010 : remise en état des boursettes ; reprise de la sesquialtera par Daniel Decavel ; restauration de la flûte 4 par Antoine Bois.
à une date inconnue : pédale d'expression modifiée (à l'origine : 2 pédales Piano / forte), remplacée par une bascule sur le même mécanisme.
Description
Orgue en un seul corps, avec console latérale encastrée ("en fenêtre") sans plaque du facteur. La plaque du facteur est encastrée sur la planche en dessous des jeux. Deux claviers de 56 notes et pédalier de 27 notes (le sommier était prévu pour 29 notes, les deux dernières ne sont pas accrochées).
Tous les jeux sont placés sur un sommier unique à deux layes avec emprunt mécanique des jeux ; le tout est placé dans une unique boîte expressive. De nombreux jeux parlent via l'une ou l'autre soupape, correspondant au 1° ou au 2° clavier, avec présence d'un antiretour dans la chape du sommier. Par exemple, le basson hautbois parle via les fonds du récit, et via les anches au Grand Orgue.
Un brevet pour les sommiers à registres à "dédoublement" a été déposé par Pierre Schyven en 1883 (selon le dictionnaire mentionné ci-dessus). Mais d'autres systèmes d'emprunt purement mécaniques avaient déjà été pratiqués bien avant cette date, notamment par Merklin (Rome, St Louis des Français, 1880). Peut-être Schyven n'a-t-il fait breveter qu'une nouvelle variante, faisant sonner les tuyaux à des octaves différentes (comme à Châlons, ou à Ste Elisabeth de Roubaix), ce qui n'est pas le cas ici ni à Rome.
Traction et tirage de jeux mécaniques. La tuyauterie est très serrée et difficile d'accès.
L'état de l'orgue est assez bon, grâce à des soins attentifs et constants. Le sommier à emprunts fonctionne bien mais présente quelques fuites qui gênent l'émission sonore de quelques tuyaux aigüs. Les jeux empruntés peuvent être tirés sur deux claviers à la fois, grâce à un système de clapets anti-retour. Ce système présente moins de limitations que les "jeux baladeurs" parfois pratiqués de nos jours, mais il est plus sensible aux dérangements. Le pire est la différence d'alimentation selon que l'on utilise un clavier ou l'autre pour faire parler le même tuyau : s'il est accordé pour être juste sur un clavier, il est alors faux sur l'autre. Il suffit de peu de chose (poussière, insecte...) pour que la différence d'alimentation soit sensible.
Cet orgue, malgré ses quinze jeux réels seulement, sa boîte unique, sa mécanique assez dure et son pédalier limité au ré et déporté vers la droite, est d'une étonnante souplesse d'emploi. Des registrations très inattendues y sont possibles (le nasard, très doux, permet de nombreuses combinaisons ; un grand plenum boîte fermée n'est pas chose courante ; etc.). Les timbres sont très diversifiés et d'une grande qualité, notamment les anches et l'excellent salicional. L'auteur de ces lignes y a joué 155 des 253 pièces de l'Orgue Mystique de Charles Tournemire sans ressentir de "limitation", au prix bien sûr de quelques acrobaties pour circonvenir l'étendue limitée du pédalier et l'absence de troisième clavier (mains réparties sur deux claviers, transpositions, etc.).
Buffet
A l'origine, l'orgue était dépourvu de buffet, la boîte étant peinte avec des motifs. Les plates faces sont garnies de tuyaux postiches en bois peint. La montre 8 est donc entièrement dans la boîte expressive. Il est probable que les tuyaux de façade (muets) aient été en métal, et pillés lors de l'une ou l'autre guerre.
Composition
Devis
Tout d'abord, la composition d'origine, selon le devis de Schyven :
| I - Grand Orgue expr. | II - Positif expr. | Pédale |
|---|---|---|
| Bourdon 16 | Bourdon 8 * | Soubasse 16 * |
| Montre 8 | Flûte harmonique 8 * | Octave Basse 8 * |
| Bourdon 8 | Salicional 8 * | Basson 16 * |
| Flûte harmonique 8 | Gambe 8 | |
| Salicional 8 | Flûte harmonique 4 * | |
| Viola di Gamba 8 | Voix céleste 8 (ut 2) | |
| Prestant 4 | Basson Hautbois 8 * (ut 2) | |
| Flûte harmonique 4 | ||
| Basson 16 | ||
| Trompette 8 | ||
| Basson Hautbois 8 |
Manuels de 56 notes et pédalier de 27 notes. Les jeux de transmission sont notés *
Pédales de combinaison :
Tirasses GO, Pos ; Introduction des jeux de combinaison du GO ; Pédale d'expression générale ; 2° pédale d'expression pour le buffet (côtés du buffet) ; tremblant.
La réalisation semble avoir été différente du devis, puisque tout la tuyauterie (hormis le rang de tierce, Pascal 1970) serait de Schyven.
Actuelle
Telle que relevée à la console, en mars 2010. Les jeux dédoublés sont indiqués par une astérisque (*).
| I - Grand Orgue expr. | II - Positif expr. | Pédale |
|---|---|---|
| Bourdon 16 | Bourdon 8 * | Soubasse 16 * |
| Montre 8 | Flûte harmonique 8 * | Octav-basse 8 * |
| Bourdon 8 | Salicional 8 * | Bombarde 16 * |
| Flûte harmonique 8 | Voix céleste 8 | |
| Salicional 8 | Flûte octaviante 4 * | |
| Prestant 4 | Flageolet 2 | |
| Flûte octaviante 4 | Sesquialtera II | |
| Nasard 2 2/3 * | Basson Hautbois 8 * (56 notes) | |
| Fourniture III | ||
| Bombarde 16 | ||
| trompette 8 | ||
| Basson Hautbois 8 | ||
| Clairon 4 |
Tirasses GO, Positif, Jeux de combinaison, expression, Positif / G.O., tremolo (?)
L'octav-basse est un emprunt de la basse de la flûte. Le nasard est un emprunt du 1° rang de sesquialtera, et serait bien de Schyven (bouché puis conique à partir du 2° fa#, très doux). La "porcelaine" du registre n'est pas d'origine, non plus que celle de la sesquialtera (plastique plat !). Le rang de tierce est étroit, et aurait été introduit en 1970 par Pascal. La flûte octaviante, qui ne l'était plus et parlait très mal (inaccordable...), l'est redevenue et parle a présent fort bien.
Composition de la fourniture, selon le défunt inventaire des orgues du Nord :
1° ut 2 - 1 1/3 - 1
2° ut 2 2/3 - 2 - 1 1/3
3° ut# 4 - 2 2/3 - 2.
Elle pourrait être de Schyven (examen de la tuyauterie à faire), aux retouches près évoquées ci-dessus.
Titulaires
Pendant 51 ans, les orgues de Notre Dame de Consolation furent tenues par un organiste aveugle, M. Théodore Langlet (+ 1940).
Actuellement [2011] : Nicolas Pichon. Auparavant, Suzanne Verstraete et un certain Johann Günter Ellinger.
Enregistrements
Un enregistrement de concert récent, coll. privée.
Et la présente improvisation (enregistrée avec un iPhone). Le départ / la tempête / le nouveau monde / le retour.
Quelques démonstrations sonores :
- Prélude à l'introït du V° dimanche après la Pentecôte, de Charles Tournemire
- main gauche (accords) : GO Montre 8, Salicional 8 ; main droite : POS Basson-Hautbois 8, Salicional 8 ; Pédale : tirasse GO
- crescendo par boîte expressive
- piano : accords POS Salicional (seul) ; mélodie GO Prestant 4 à l'octave inférieure ; pédale Soubasse 16 (sans tirasse)
- Offertoire de ce même office
- Les mains au GO : Montre 8, Bourdon 8, Flûte harmonique 8, Salicional 8 ; Pédale : tirasse GO
- Sur le 1° récitatif main droite, ouverture partielle de la boîte expressive
- Sur accords bizarres (merci les analystes), fermeture complète de la boîte
- Après le 2° récitatif, ouverture de la boîte
- Au cours du 3° récitatif, retrait de la Montre 8 (comme indiqué sur la partition)
- A la reprise du thème initial, Flûte et Bourdon 8 seuls
- Accord final : Bourdon 8
- Prélude à l'introït de la Sexagésime
- Accords : POS Salicional 8, Bourdon 8 ; mélodie : GO Flûte harmonique, Bourdon 8, Nasard
- Dernières lignes : POS Salicional 8 seul, boîte fermée ; Pédale : Soubasse 16 et tirasse POS
Photos
Voir cette galerie.
Quelques photos supplémentaires (septembre 2011) montrent plus précisément comment le nouveau buffet a simplement recouvert la boîte expressive anciennement polychrome. On voit aussi les deux tirants de jeux récemment modifiés. L'éclairage est un casse-tête pour les photographes : mélange de lumière du jour, de lampes à vapeur de mercure haute pression, et de lampes à incandescence.
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