Édifice
Le conservatoire de Lille, rue Alphonse Colas, est une construction du XIX° complétée au XX°. Il a pris la place d'une ancienne abbaye St Pierre, vendue et détruite après la révolution.
Le conservatoire est à deux pas de N.D. de la Treille dans le vieux Lille. On pourrait imaginer que l'orgue de la Treille soit accessible aux étudiants dudit conservatoire. On peut en effet imaginer beaucoup de choses. Je n'ai rien constaté de tel, jusqu'à présent.
En attendant, le conservatoire dispose d'un (relativement) grand orgue situé salle Lannoy, et de deux orgues d'étude. Le grand auditorium comporte une niche vide sur l'estrade.
Orgue du grand auditorium
Historique
Devis Delmotte (1898)
Source : Mémoire (1986) de Roland Servais
Le 22 novembre 1898, la Commission de Surveillance du Conservatoire National de Musique, succursale de Lille, écrit aux frères Delmotte pour leur demander un devis d'orgue à trois claviers et pédale indépendante à placer dans la salle des concerts. Le prix de l'instrument est fixé à 12.000 Fr et il est demandé une tirasse et un appel d'anches à chaque clavier, et que ces derniers puissent tous être accouplés entre eux. Les facteurs tournaisiens répondent en envoyant, deux jours plus tard, le projet suivant :
| Grand Orgue | Positif expressif | Récit expressif | Pédale séparée |
|---|---|---|---|
| Bourdon 16 | Salicional 8 | Flûte traversière 8 | Soubasse 16 (a) |
| Montre 8 | Unda Maris ou Voix céleste 8 | Diapason 8 | Flûte ouverte 8 |
| Flûte harmonique 8 | Bourdon 8 | Octavin harmonique 2 | |
| Gambe 8 | Flûte octaviante 4 | Basson-Hautbois 8 | |
| Prestant 4 | Clarinette 8 | ||
| Trompette 8 |
(a) ou contrebasse ouverte selon la place disponible
Pédales de combinaisons : trois tirasses, P/GO, R/GO, R/P, Appels anches GO, P, R ; expression P, R ; tremolo P, R
L'instrument, de traction entièrement mécanique, était proposé au prix de 15.000 Fr. Il ne fut pas donné suite à cette proposition.
Orgue Théodore Puget (1900)
Un devis de Théodore Puget relatif à l'orgue du Sacré Coeur de Lille, daté d'octobre 1899, mentionne la pose prochaine d'un orgue de 3 claviers et 26 jeux pour le conservatoire
Ce qui suit m'a été communiqué par M. Jean-Claude Guidarini (merci infiniment) :
L'orgue du Conservatoire de Lille a été construit par Jean-Baptiste PUGET, 3ème directeur de la manufacture Théodore Puget, père et fils de Toulouse. Il a été inauguré le 8 avril 1900 par Charles-Marie Widor, sous la présidence de M. André Michel, conservateur du Musée du Louvre (!). Le programme était le suivant :
Haendel : Concerto en fa (joué par M. Bruggeman)
Widor : Andante de la 2ème symphonie (joué par l'auteur)
Bach : Air de la Passion (chanté par Mlle Vion)
Franck : 3 pièces brèves : Andante con moto, Allegretto, Adagio
Daquin : Le Coucou (jouées par M. Bruggeman [Franck + Daquin])
Bach : Arioso de la Passion (chanté par M. Engels)
Widor : Sélection de la Vème symphonie : Allegro, avec variations - Cantabile - Méditation - Toccata (jouée par l'auteur) [je n'ai pas inventé les titres !!!]
Bach : Air de la Passion (chanté par Mlle Vion)
Bach : Toccata et fugue en ré mineur (jouée par M. Widor)
La disposition de l'orgue était la suivante :
| I - Grand-Orgue (56 n.) | II - Positif expressif (56 n.) | III - Récit expressif (56 n.) | Pédale (30 notes) |
|---|---|---|---|
| Bourdon 16' | Flûte harmonique 8 | Cor de nuit 8' | Flûte ouverte 16' |
| Principal 8 | Diapason 8 | Gambe 8 | Flûte basse 8 |
| Salicional 8 | Unda Maris 8 | Voix céleste 8 | Basson 16 |
| Bourdon 8 | Flûte douce 4 | Flûte octaviante 4 | Basson 8 |
| Prestant 4 | Doublette 2 | Cornet-Carillon 3 rangs | |
| Trompette 8 | Plein jeu 5 rangs | Trompette harmonique 8 | |
| Clairon 4 | Physharmonica 8 | Hautbois-Basson 8 | |
| (Anémomètre) | (Trémolo Positif) | voix humaine 8 |
3 boutons de combinaison pour les jeux du Grand-Orgue et de la Pédale : Dolce, Forte, Tutti
Pédales de Combinaison : Orage ; Tirasses GO, Pos, Réc ; Anches Péd, GO, Pos, Réc ; Expressions Pos, Réc ; Trémolo Réc
Appel GO, Pos/GO, Réc/GO, Réc/Pos
Transmission tubulaires à tous les claviers avec relais pneumatiques à vent fort. Sommier de Récit à double laie. Sommier de Positif à double chape. Sommiers de GO et de Pédales à vent séparé pour chaque jeu. 4 réservoirs fournissant à chaque sommier du vent de pressions différentes.
On ne sait pas ce qu'est devenu cet instrument : a-t-il été réutilisé par Jacquot lorsque ce dernier a fourni un nouvel orgue, décrit ci-dessous ?
Orgue Jacquot-Lavergne (années 50)
Un orgue (Jacquot-Lavergne, selon un site néerlandais) était initialement placé sur l'estrade du grand auditorium. Cet orgue, installé dans les années 50 peu après la nomination de Jeanne Joulain comme professeur d'orgue, aurait comporté une trentaine de jeux sur trois claviers et pédalier. Sa composition était sans doute proche de celle de l'orgue de la salle Berlioz au CNSM de Paris (rue de Madrid), que Marcel Dupré venait de faire reconstruire par le même facteur.

Photo : Malaisy ; source : "Lille, portrait d'une cité", Paulette Legillon & Jacqueline Dion, éd. axial, 1975
L'orgue Jacquot-Lavergne a été démonté en 1987, en vue d'être remplacé par un instrument neuf. Cela lui a permis d'échapper à l'incendie de l'auditorium en 1988. Cet orgue aurait ensuite été revendu à une paroisse d'Agen [source : interview de Jeanne Joulain, 4° bulletin de l'association Maurice & Marie-Madeleine Duruflé].
Orgue neuf
Un orgue neuf aurait été commandé au facteur luxembourgeois Westenfelder. Il semble que cette commande n'ait pas été exécutée, ni peut-être même passée.
Orgue de la salle Lannoy
Historique
Cette salle fait partie de l'extension récente (années 80) du conservatoire.
Le site de Bernard Cogez mentionne ce chantier comme une "construction", au même titre que l'orgue de St Michel à Lille (restauration et électrification d'un orgue Merklin) ou que celui de la chapelle du collège de Marcq (transformation profonde d'un orgue Anneesens). Tout cela prête à confusion.
En fait, il s'agit bien d'un orgue neuf, mais avec réemploi de la tuyauterie de l'ancien orgue de Ste Marie Madeleine (Lille), église désaffectée et transformée en musée, située à quelques centaines de mètres. L'instrument serait dû à Pierre Schyven. Il aurait été construit en 1895 [source : liste des travaux de Pierre Schyven, par Steven Verplancke]. A l'écoute, l'instrument a plus ou moins conservé son caractère "fin XIX°".
Les travaux auraient été effectués vers 1998, date à laquelle les 33 tuyaux de façade ont été fournis par Jean Paul & Roseline Villechange (cf. leur site).
Composition
| I - Grand Orgue | III - Récit expressif | Pédale |
|---|---|---|
| Bourdon 16 | Bourdon 8 | Soubasse 16 |
| Montre 8 | Gambe 8 | Flûte 8 |
| Bourdon 8 | Voix céleste 8 | |
| Flûte harmonique 8 | Flûte octaviante 4 | |
| Prestant 4 | Octavin 2 | |
| Quinte 2 2/3 | Trompette 8 | |
| Doublette 2 | Basson & Hautbois 8 | |
| Voix humaine 8 | ||
| Tremolo |
Tirasses I, II ; accouplement II/I ; expression récit. Traction et tirage de jeux mécaniques.
Manuels : 56 notes ; pédalier : 30 notes.
Photos
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