La Madeleine...
... est une commune attenante à Lille, empalée sur le boulevard qui relie Lille à Roubaix et Tourcoing via Marcq en Baroeul. Ce boulevard a malheureusement dégénéré en voie rapide : six voies pour les bagnoles, une pour le Mongy (du nom d'Alfred Mongy, ingénieur à qui les communes sont redevables de leur premier tram), et une piste plus ou moins cyclable compte tenu des nombreux feux, des promeneurs avec chiens, etc.
Cela mis à part, la vie y est agréable, d'ailleurs j'y habite. La Madeleine est composée de deux parties, l'une riche (avec de nombreux individus soumis à l'ISF), l'autre modeste, logeant dans quelques rares HLM et de nombreuses maisons ouvrières bordant les friches industrielles. Les gens du Boulevard et ceux de Berkem... la fusion des paroisses a d'ailleurs suscité des commentaires, jusque dans les journaux (paroissiaux).
L'édifice
Il y a donc trois clochers, et le plus récent, N.D. de Lourdes, date de 1937. À vrai dire, c'était un clocher sans cloches et même sans beffroi jusqu'en 200x, date à laquelle deux cloches ont été accrochées à l'angle Sud de la façade. Elles sont exposées à l'air libre, et le bâti métallique léger qui les porte est sans doute une raison de l'adoption d'une volée "rétro" : le joug est incurvé de manière à ce que la cloche oscille plus ou moins autour de son centre de gravité. Le résultat, c'est que le battant frappe le bord inférieur de la cloche plutôt que le bord supérieur et, par gravité, reste plus longtemps appliqué sur le bord de la cloche lorsqu'il la percute. Cela rend la sonorité moins brillante, voire un peu lugubre. Il n'y a pas qu'en facture d'orgue que la mécanique joue sur le son...

L'édifice est une création "Art Déco" en briques, recréant quelque peu l'atmosphère de basiliques byzantines (volumes, mosaïques). La décoration est assez riche, au contraire par exemple de N.D. des Victoires à Lille qui présente quelques similitudes. Le presbytère et les autres locaux paroissiaux sont assortis, et forment un bel ensemble.
Le plan est à peu près carré au sol. Les voûtes suggèrent une croix grecque. L'absence de bas-côtés, la grande hauteur génèrent une très importante réverbération (de l'ordre de 5-6s) et un important gonflement des basses. On est donc surpris du volume que peuvent prendre les principaux de Gonzalez dans de telles conditions. En revanche, la lisibilité de la musique en souffre, et même les attaques de notes, d'habitude plutôt tranchantes, sont ici arrondies.
Historique
Je reproduis ci-dessous la notice affichée dans l'église :
L'instrument fut commandé par M. l'Abbé Sion, curé de la paroisse, aux établissements Gonzalez à Paris en 1936. Sur la proposition du facteur d'orgues, l'instrument fut présenté à l'exposition universelle, section catholique, de 1937 à Paris, avec la promesse qu'une partie de l'orgue parlerait pour Noël. L'instrument fut terminé en 1939.
Puis en 1952, l'instrument fut restauré et complété toujours par les établissements Gonzalez. Il fut inauguré le 16 octobre 1952 par Monseigneur Dutoit. Aux grandes orgues le maître André Marchal, titulaire du G.O. de Saint Eustache à Paris, les commentaires étant assurés par Norbert Dufourcq, professeur au conservatoire de Paris.
Monsieur Olivier fur titulaire de l'instrument jusqu'en 1969 ; depuis la relève est assurée par Paule Gilbert.
Actuellement l'instrument est entretenu par [ biffé : M. Cogez, facteur d'orgue à Tourcoing ] M. Pascal, facteur d'orgue à Lille.
Buffet
Brille par son absence. Il met en évidence bon nombre de tuyaux en cuivre, notamment utilisé pour les basses des principaux (pas seulement en montre).
Le soubassement n'est pas dépourvu d'élégance. Il est consitué de minces planches de chêne assez clair, parfois incurvées (cf. photos). N'ayant pu pénétrer dans l'orgue, je ne sais pas comment tout cela se tient.
État actuel (2009)
Assez bon. L'orgue est très régulièrement utilisé pour les offices. Peu de récitals. Un accord général serait très souhaitable.
Composition actuelle
Semble être celle de 1952.
La disposition des sommiers est la suivante : la boîte du récit occupe la position centrale. Elle est surmontée du positif ("de couronne"), et encadrée des sommiers ut et ut# du grand orgue, lui même flanqué des sommiers de la pédale. Quelques tuyaux en bois sont postés derrière l'orgue, contre la verrière qui n'est occultée que par des plaques translucides, et alimentés via des relais pneumatiques. Les tuyaux en cuivre de la "tourelle" centrale sont probablement ceux, parlants, du principal 16 de pédale.
| 1 - Grand Orgue | 2 - Positif | 3 - Récit expr. | Pédale |
|---|---|---|---|
| Bourdon 16 | Principal 8 | Quintaton 8 | Principal 16 |
| Montre 8 | Cor de nuit 8 | Flûte à fuseau 8 | Soubasse 16 |
| Bourdon 8 | Flûte 4 | Dulciane 8 | Principal 8 |
| Flûte harmonique 8 | Nasard 2 2/3 | Voix céleste 8 | Bourdon 8 |
| Prestant 4 | Doublette 2 | Flûte conique 4 | Flûte 4 |
| Flûte à cheminée 4 | Quarte de Nasard 2 | Octavin 2 | Fourniture IV |
| Doublette 2 | Tierce 1 3/5 | Sesquialtera II | Bombarde 16 |
| Plein Jeu V | Larigot 1 1/3 | Plein Jeu V | Trompette 8 |
| Trompette 8 | Plein Jeu IV | Bombarde 16 | Clairon 4 |
| Clairon 4 | Cromorne 8 | Trompette 8 | |
| Chalumeau 4 | Clairon 4 |
Console "retournée" ; claviers de 56 notes, pédalier de 32 notes. Transmission mécanique non suspendue pour les notes, avec machine Barker pour le G.O., le tout d'une remarquable légèreté.
Toutes les tirasses et accouplements "normaux". Six combinaisons ajustables (merci O. Scalbert pour cette précision). Appels anches Pédale, GO, Pos, Rec.
Photos
Voir cette première galerie. Des photos de la console, et quelques vues supplémentaires, sont disponibles sur cette autre galerie. La seule particularité notable est l'usage de dominos pour le tirage de jeux, que Gonzalez a abandonnés par la suite, et les pédales d'appel en "boules de pétanque" miniatures, qui évitent d'esquinter les chaussures quand on les décroche.
L'aspect des photos est parfois variable du fait de la mise en marche progressive de l'éclairage (lampes à vapeur de sodium) au cours de la prise de vues.