Sources : visite, conversation avec l'organiste, site Domaines Musique
Orgue de salon construit par Victor Gonzalez en 1949 pour Gaston Litaize.
Transféré en 1960 à la chapelle des Lazaristes à Bondues (Nord) par Erwin Müller ; il aurait été "terminé" à cette occasion. La traction et le tirage de jeux étaient déjà électriques à cette époque. Quid de 1949 ?
De nouveau transféré par Delmotte (Tournai), en 2007, à l'église St Sébastien d'Annappes, sans modification de la composition, mais certaines combinaisons ont disparu. Lors de cette intervention, une console électrique (neuve) a été installée "au coeur de l'action liturgique", comme on dit, ce qui permet à l'organiste de se croire sourd de l'oreille gauche quand il joue : le son lui parvient par la droite, qui n'est pas équilibré par le peu de réverbération venant de la gauche. Il est vrai qu'avec l'ancienne console en fenêtre, la surdité bilatérale était sans doute inévitable.
On aurait pu imaginer un accrochage en "nid d'hirondelle" (cf. photos), mais à très grands frais, alors que l'édifice nécessite pas mal de travaux : en effet, l'apparence tristounette du ciment gris qui l'habille extérieurement ne fait que masquer, là où il reste accroché, l'apparence bien plus séduisante du calcaire tendre et blanc qui résiste si mal au gel et au ruissellement.
L'emplacement, au fond de l'église, est discret. L'orgue, qui devait autrefois tenir sous les plafonds d'un apparement haussmanien (je présume), ne masque pas le vitrail qui le surplombe, et c'est tant mieux. Il est en revanche exposé à la poussière, et modérément protégé des tripotages par l'ancien banc de communion qui a trouvé là un noble quoiqu'inefficace réemploi. Heureusement, l'église est presque toujours fermée, écartant par là même les indélicats.
Le pédalier et le banc sont d'origine.
L'orgue a été inauguré le 17 mai 2007.
J'ai d'abord entendu l'orgue de l'extérieur, attendant patiemment la fin de la sortie d'un mariage (sans lequel j'eûs trouvé porte de bois - et vivent les mariés) pour pouvoir découvrir l'intérieur de l'église. J'ai d'abord cru à un instrument électronique, génération années 80, avec ses mixtures haut perchées. J'ai vite été rassuré : c'était bien un orgue à tuyaux, car sur un orgue électronique, les mixtures (quoique tempérées) sont justes.
L'instrument semble avoir conservé le style que Gaston Litaize affectionnait, c'est-à-dire assez cru et agressif (d'après ce que j'ai pu entendre par ailleurs, sur place ou par enregistrements interposés : St François Xavier à Paris, Solesmes, certains instruments vosgiens...). L'harmonisation est sans doute à pieds très ouverts, et les biseaux n'ont presque pas de dents. La flûte 8 du Grand Orgue est à cet égard très caractéristique, proche d'une flûte de pan avec coups de langue de péruvien ayant abusé de la coca.
Si le lecteur pense qu'il y a trop peu d'huile dans ma vinaigrette, qu'il se rassure : la voici. D'abord, j'aime bien Gaston Litaize (le compositeur, l'interprète), à qui j'étais d'ailleurs allé rendre visite à sa tribune, en 1974. Ensuite, j'aime bien les orgues lorsqu'ils ont des tuyaux. Enfin, je ne connais pas d'orgue (à tuyaux) dont on ne puisse rien faire, à condition qu'il marche (c'est le cas ici) et qu'il soit juste (il peut le redevenir). Et surtout, j'aime bien la diversité. Ici, l'instrument est assez extrême dans son style, d'ailleurs homogène : le principal (montre) 8 "donne le ton" à tout point de vue. Je n'ai pas de problème avec cette esthétique, que j'ai rencontrée (en moins extrême) en Allemagne, sur des instruments signés Paul Ott datant des années 50. Ce n'est pas mon goût - je préfère Dole, ah mais oui - mais c'est savoureux.
Que ceux qui pensent avoir une meilleure "oreille" que Litaize essaient d'avoir ses doigts.
Pas de buffet, seulement un soubassement et une paroi latérale ajoutée par Delmotte. Les tuyaux de montre en cuivre (avec lèvre en spotted), étoffe (alliage étain + plomb avec plomb majoritaire) et spotted (mi étain, mi plomb) font un curieux mélange. L'emplacement de l'ancienne console "en fenêtre" a été sommairement obturé avec du contreplaqué.
A son ancien emplacement (à Bondues), l'orgue était abrité dans une "boîte" parallélépipédique en contreplaqué, sans jalousies d'expression ni claires-voies.
| I - Grand Orgue | II - Récit | Pédale |
|---|---|---|
| Montre 8 | Bourdon 8 | Soubasse 16 |
| Flûte à fuseau 8 | Prestant 4 | Bourdon 8 (extension) |
| Prestant 4 | Nazard 2 2/3 | Flûte 4 (extension) |
| Flûte 4 | Doublette 2 | Flageolet 2 (extension) |
| Doublette 2 | Tierce 1 3/5 | |
| Plein Jeu III | Cymbale II | |
| Cromorne 8 |
Traction et tirage de jeux électriques.
Tirasses I, II ; Tirasse I (4') - dans l'inventaire (1998) on lit Tirasse II (4') ; Accouplement II / I, II/I (16') ; octaves graves et aiguës II. Combinateur avec boutons "suivante / précédente".
Claviers de 61 notes, pédalier de 32 notes. Le sommier (diatonique) du GO est à droite, celui (chromatique) du récit à gauche, la pédale derrière.
Plein jeu du GO : 1, 2/3, 1, avec reprises (en quintes) sur ut2, ut3, ut4 (le numéro est celui de l'octave, suivant l'usage français, en partant de 1)
Cymbale du Récit : 1/3, 1/4, avec reprises (en quintes) sur Si b 1, Fa 2, Si b 2, Fa 3 - on finit donc en 1 1/3 + 1...
Le titulaire est Vincent Tinencourt. Il a, entre bien d'autres qualités, l'intelligence de se satisfaire de ce qu'il a et d'en tirer le meilleur parti possible. D'ailleurs, les préludes liturgiques de Litaize sonnent très bien sur cet orgue : est-ce une surprise ?
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